Huile 120 x  160

Elle peint…

Assise comme une petite fille sur son ballon-mappemonde, une bonne grosse sphère un peu aplatie aux entournures, comme pour jouer entre deux infinis.

Pas de palette dans sa main, le pouce bien croché, comme font d’habitudes les peintres. Juste un pinceau, car tout est sous ses pieds : couleurs, formes, matières, depuis l’eau des nuages et des océans jusqu’aux pigments des terres, des pierres et des volcans.

Comme pour mieux s’y tenir, éviter de tomber, s’accrocher au réel, c’est son pied qui a trouvé appui dans un trou de palette et de terre; une véritable brèche pour bien s’ancrer dans la matière et s’y creuser peut-être un bel arbre de vie aux grandes racines dans la chaleur du feu, la pureté de l’eau, le souffle de l’air.

Tout ça à pleine terre et vie, couleurs ciel et nuages, océans et rivages.

Oui, c’est un peu comme si la création de son tout petit univers d’artiste rejoignait la grandeur et la beauté du monde.

Ses cheveux deviennent des filaments, des flammes, et, pour finir, un simple pinceau qui brûle de passion dans le soleil rouge feu, orange et jaune lumière; tandis qu’une rose des sables sculptée par la terre et le vent, se laisse rattraper par le vert des fleurs et des plantes, des aigrettes de dent de lion qui mordent la bise.

Une pomme de pin tombée de son arbre sur le bout de l’autre pied, cisèle ses dentelles de bois comme un fruit prêt à s’ouvrir. Car volent les bulles rondes de la pluie sous le vent, gouttes d’eau qui font leurs gammes sur tous les tons, perles bleutées aux mille nuances.

La mémoire du monde y écrit sa cathédrale de cristal. Et celle des hommes y dessine des sphères, des étoiles de neige, des glaciers de verre blanc. Avant de s’y découvrir des formes uniques et belles sur un fond empourpré de violet au grand cœur d’indigo.

Elle peint, elle est heureuse.
Tout est bien.

Elle peint…