Concerto pour sept couleurs et quatre éléments
"L'air"
Huiles sur lin  65 x  95


Souffle

Un souffle d’air, tout de bleu vêtu, couleur ciel-océan, ne semble séparer l’homme et la femme en vis-à-vis que pour mieux les réunir du bout de l’âme et des nuages de part et d’autres des toiles .
Elle, alanguie, tournoie dans le vent pour faire virevolter sa longue robe mousseline et dansante aux lentes portées de plis tournés, retroussés, détournés. Rien de plus fluide que la musique de son corps sur laquelle veille un chef d’orchestre presque invisible qui étale son geste ample comme pour appeler le son et l’harmonie à de déployer .
Délicatesse de la main qui appelle chacun à se réunir de grand cœur d’un seul chœur . La baguette en appelle à la source, la symphonie ou la cantate. Les cinq lignes portent quelques notes d’un chant secret ennuagé d’attente.
Sur la hanche, une ceinture maintient fermement toute cette fantaisie qui n’est pas encore prête à se déployer d’un ciel sans efforts, d’un silence sans pudeur, d’une œuvre sans justesse. Un enfant-elfe-ange-ou-deva s’y tient en équilibre, petit génie de l’air qui souffle son baiser à qui veut le cueillir.
Elle, tous cheveux déployés, offre le sien comme un murmure. Mais celui qui tient tout, c’est le vol de l’aigle, prêt à nous ravir à pleines serres et dont les ailes s’ouvrent sur le livre de notre vie .
Les mots ne peuvent alors qu’y devenir légers sous la plume de l’inspiration, de la vision, de la rencontre . Des mots de poètes, d’amoureux, de chanteurs-musiciens, de croyants sous le même soleil qui les éveille. Les transpose et les encourage .
Avec des notes et des silences à petits points de reprise pour ourler la robe qui frémit sous l’effluve pure des signes, des prophètes et des songes .

Attente

De l’autre côté du ciel, l’homme, bien planté sur sa terre secrète, est un sage. Difficile de lui parler sans interrompre le fil de sa méditation. C’est l’être-songeur, un vrai veilleur d’étoiles ou un rêveur de lune dans la lueur bleutée d’un soir où l’on sent frémir une rose des vents .
Quelle réalité réfléchit-il ainsi, les mains offertes ?
La vie s’élance autour de lui, en lui, sur la pointe des doigts, des pieds , des cœurs, un bras confondu avec celui de la dormeuse qui les prolonge, toute reposée sur sa vison de nuit. Là où la paix prend son vol, l’âme, son appel, le jour, son aube la plus belle, et la colombe, son envol.
Derrière eux se dessine en spirale un étrange vortex, comme prêt à les avaler doucement pour en nourrir l’univers d’une blancheur aux sept couleurs qui se grignote elle-même d’un trou noir, grand gobeur de matière et d’ombre, de derviches tourneurs et de rondes enfantines, ou dévoreur de lumière, de couleurs... Bleu soir, bleu froid que réchauffe tendrement une clarté blanche aux reflets gris violets. Plis et replis du vêtement coton-nuage-et-ciel. Et pourtant, sévérité, austérité ou simplement, sérieux de l’homme grave enfoui dans sa barbe sage, comme observé à son insu et le sachant.
Tout est relié, toujours : le ciel, l’oiseau, le bras et le cheveu. La double hélice déploie son échelle entre deux infinis qui n’en font plus qu’un seul : le premier, au souffle déjà court, chorégraphie sa course sur la pointe des jours ; l’autre respire léger qui somnole ses nuits pour mieux vivre l’éveil.
La danse du monde peut continuer . L’Esprit va l’emporter .
 
Diaporama