Video: http://youtu.be/D_7K7Cgu-CE

 


Poésie neuchâteloise pour un regard voyageur autour d'un  Bicentenaire...
Hommage à mon Canton
Huile sur lin     200 X 150 cm

 Dans leur salle du Musée des Beaux-Arts, à Neuchâtel, les automates de la famille Jacquet-Droz continuent de nous faire rêver : la «Musicienne » joue sur les orgues du temps ; « l’ Écrivain » compose peut-être un nouveau poème  entre ciel et terre, Alpes et lac ; et le «Dessinateur » s’applique à «croquer» villes et campagnes du bout de son porte-mine plein de lieux de mémoire, de courage, de nature, de beauté, de foi et d’histoire où se gravent les rouages des hommes.S’envolent, sous ses doigts, quelques croquis rapidement esquissés,  où l’on devine un péristyle, le tympan d’un musée au rendez-vous des Beaux-Arts, qu’ils soient à Neuchâtel , au Locle  ou à la Chaux-de-Fonds…Quelques chiffres gravés pour un Bicentenaire.

Dans leur sillage et la transparence d’une lumière douce, l’application d’un geste mesuré qui s’essaie à maîtriser tant bien que mal son cœur de passionnée, une femme peint, s’inspirant peut-être de quelques figures anciennes auxquelles les images des films, des catalogues et des livres ont pu redonner vie un instant. Car il n’était pas si facile d’être une femme, et surtout, une femme-artiste, à l’époque des Séraphine de Senlis, des Berthe Morisot, des Camille Claudel, des Blanche, Hortense, Jenny , Héloïse, aux doux prénoms tendrement surannés ! Un sourire intérieur sur les lèvres, une quête cachée, peut-être, au bord des yeux, cette femme agenouillée peut avoir tous les visages. À moins qu’elle ne se souvienne de Jeanne Lombard en train de peindre dans son atelier, à Corcelle, pendant que chantent dans son regard la fontaine sous sa fenêtre ou, bien plus loin, les eaux de l’Areuse remontant le courant du temps à l’assaut du phare de Chaumont, des sommets - Chasseral, des neiges chaudefonnières et jurassiennes, des Vals de Ruz ou de Travers habillés par leurs saisons aux quatre coins du canton ou leurs fresques locloises. Un vieux cor des Alpes, d’anciennes raquettes, une paire de skis se souviennent de l’hiver. Tandis que l’absinthe et le cèpe, la gentiane et la vigne s’amusent à se croiser au détour d’un chemin ou sur les rives des Taillères. Un bouquetin à contre-jour contemple le Creux du Van,  les roues du moulin qui tourne toujours son eau dans le courant des âges, sous l'arceau d'un vieux pont et le vent dans les arbres. Un grand tétras, discret, s’abrite dans les pierres ...

Plus haut, l’ « Aigle neuchâtelois » a quitté son étendard pour recouvrer sa liberté et lâche son écusson sur les forêts, les monts et les lacs pendant que le petit « Soleil » de Cornaux enveloppe un bout de nuage à la lumière de son drapeau . Comme ils sont fiers de leurs cités et de leurs villages, de leurs bois et de leurs champs de leurs cultures et de leurs industries, entre le Haut, le Bas et leur pays, enfin ! Une Confédération d’hommes et de femmes prêts à servir, honorer, illustrer leur patrie au mieux de leurs talents multiples et multicolores là où l’Histoire avec un grand "H" les a appelés, il y a deux cents ans….,

Elle continue de peindre … Réunissant dans son geste, le temps d’une toile, une mosaïque d’images qui lui viennent spontanément et qu’elle aime tout particulièrement. La toile de lin a beau être grande, elle sait bien qu’elle ne pourra pas tout y mettre, de ses amours, de ses enracinements, de ses joies, de ses nostalgies, de ses coins de nature, de vie, de paix, de prière et d’amitié ! Mais elle peint pourtant avec tout un monde bien caché au cœur de son pinceau, fait de rires et de chants d’enfants.De sourires fraternels et de tendresses proches … Une grande fidélité.

Car au fil de la toile, tout se tient d’un cheveu, d’une branche, d’un nuage effiloché. Il suffit de chercher, de trouver, de suivre ou de s’inventer le "lien" qui manque encore le lieu où l’on se sent arrivé, toute une harmonie cachée à retrouver dans les formes, …* D’ailleurs, un petit «Modulor » facétieux sorti de sa spirale, s’amuse à la saluer d’un « bonjour » ou d’un « au revoir » et peut-être même aussi d’un air taquin, gentiment moqueur ou complice on ne sait pas, sous l’air étonné de Le Corbusier …" Allez, va ! Arrête-toi ! Sinon, je te connais, tu n’auras jamais terminé ton tableau !"  Car on n’a jamais fini de peindre, d’écrire, de jouer, de chanter. De se retrouver, de se recréer sans cesse une unité intérieure chaque jour plus profonde. Comme on peut, comme on veut. Chacun avec ses nuances, ses ombres, ses clartés. En soufflant plus loin, à son rythme, au fur et à mesure de son destin, comme « le Dessinateur », les poussières de son dessin, les ornières du chemin, tous les courages qu’il faut recommencer chaque jour pour pouvoir avancer, trouver sa juste place, chercher sa vie et creuser son métier .

Une douceur joyeuse qui fredonne avec le soleil, enlace les formes, enracine l’espace et le temps dans le concret des murs bien solides de nos maisons, le nombre d’or des fleurs, la lumière des visages. Comme un simple « merci », une invitation au voyage, au partage, au regard. Là où mêmes les pinceaux peuvent servir de mâts aux voiles des barques portant haut dans le vent l’esquisse d’un fronton aux Couleurs des Beaux Arts . Là où chacun peut s’inventer un rêve à son image et une réalité sans âge.

Lorsque ce tableau fut exposé, chacun y découvrit quelque chose de différent... Une dame n’avait-elle pas été frappée par la longue robe de La Musicienne égrenant ses notes et ses festons, que les courants de l’Areuse semblaient prolonger à leur tour comme une musique, une dentelle emperlée de lumière, des filets d’eau devenus courants, passion, musique , force vive  emportant tout sur son passage ? Qui avait pu lui souffler  ce prolongement inattendu pour l'artiste , devenu soudain tellement évident   sous ses yeux étonnés ?
 
On n’a jamais fini de rêver. De vivre. On n’a jamais fini d’aimer. D’espérer le meilleur pour les autres, pour les siens, ses enfants et pour soi, pour son village, son canton, son pays et le monde.

On n’a jamais fini de peindre son histoire…

Dedans la grande Histoire.

C’est cela aussi, un Bicentenaire …




* "La nature est mathématique, les chefs-d'œuvre de l'art sont en consonance avec la nature. Ils expriment les lois de la nature et ils s'en servent"
Le Corbusier



 
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